Biographie

Une charmante jeune fille, enfilée dans une robe de mousseline qui peut ajuster son archet en même temps qu’elle chante des hymnes ouest-africains. On croit que c’est la joliesse virtuose qui la caractérise. Et puis, en deux secondes fulgurantes, cette diva havanaise installée en Suisse montre ses dents carnassières. Elle traverse d’un bond les mémoires de Chopin, celles de Chucho valdés, le jazz de new york, l’audace impérieuse des cérémonies de la santería. Rien n’est joli dans cette musique: tout est urgent.

Yilian Cañizares est née il y a très peu de temps, à la Havane. Très vite, sur la peau des tambours, elle a appris les rythmes complexes, les espaces oniriques, une afrique réécrite dans l’insularité glorieuse d’un pays qui importait aussi des professeurs russes. Yilian est le fruit de plusieurs histoires. Elle peut jouer sur un violon de précision les sonates mathématiques de bach. Elle peut fabriquer des swings de la nouvelle-Orléans. Elle peut aussi, et ce n’est pas peu de chose, réveiller les divinités yoruba et notamment la déesse Oshun, âme des eaux douces, qui correspond le mieux à sa nature fluide.

Yilian, enfant prodige, a étudié chez elle, dans une capitale qui est un carrefour. Elle est partie ensuite pour Caracas: orchestre, symphonies et apprentissage scrupuleux d’un instrument qui aime se rebeller. elle s’est construite seule, à l’écart des siens, en débarquant enfin en Suisse pour y peaufiner ses arpèges. Étrangement, c’est ici, au milieu de l’europe protestante, qu’elle s'inspire des divinités yoruba et qu'elle cherche   à réactiver dans ses compositions la puissance métissée du jazz latin, en mêlant tout ce qui, de près ou de loin, est passé par ses mains.

Yilian Cañizares ne se contente pas de prodiguer sa douceur. Elle allume les feux de forêt, les mambos incandescents, la maîtrise absolue d’un répertoire qui prend à tous sans rendre à personne.  «Tout convient, pourvu qu’on ne prenne rien pour base », disait le compositeur américain John Cage. Tout fait l’affaire pourvu qu’on se serve de tout, lui répond Yilian.